Construire la Ville Durable en Afrique de l'Est

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Construire la Ville Durable en Afrique de l'Est

Construire la Ville Durable en Afrique de l'Est

« J’ai la conviction que c’est en Afrique qu’est en train d’être inventée la ville durable de demain ». C’est par ces mots que le Président Emmanuel Macron avait positionné en novembre dernier les enjeux du futur sommet Afrique-France 2020 lors de son discours de Ouagadougou. La démographie explosive du continent, les forts besoins en infrastructures réseaux et mobilité des grandes villes et l’impératif environnemental immédiat étaient en effet mis en avant pour repenser la ville africaine.


UNE URGENCE DÉMOGRAPHIQUE ET ENVIRONNEMENTALE


« En Afrique de l’Est, les taux de croissance de la population urbaine seront parmi les plus élevés au monde d’ici 2050, explique Xavier Chatte-Ruols, Directeur de Business France sur l’Afrique de l’Est. Concrètement, cela signifie que la taille des villes de la région sera appelée à doubler d’ici 2030 et à quadrupler d’ici 2050… un sacré défi en termes d’équipements et de planification ».

De fait, avec ses futures mégalopoles (en 2030, quatre villes de la zone, dont Nairobi, devraient dépasser les 5 millions d’habitants, et une - Dar-es-Salam - devrait dépasser les 10 millions), l’Afrique de l’Est est aujourd’hui considérée comme une zone prioritaire en matière d’urbanisme durable : « Il y a un effet de rattrapage, témoigne Joël Hamann, Conseiller Développement durable au Service économique régional de Nairobi. Pendant des décennies, cette région a vécu avec des taux d’urbanisation très faibles (25% en 2015 contre 38% pour l’Afrique Subsaharienne) et une insuffisance de la planification urbaine. Résultat : les infrastructures eau, électricité, déchets, transports, énergie et bâtiments ne sont aujourd’hui pas à la hauteur, et le temps presse côté démographique comme environnemental… »


Cette urgence, les autorités des principaux pays de la zone (Kenya, Tanzanie, Ethiopie, Ouganda, Burundi, Djibouti, Rwanda…) l’ont bien comprise. Au Kenya, le Président Kenyatta s’est efforcé de positionner la thématique du logement abordable au cœur des 4 grandes priorités de son mandat et s’est fixé des objectifs ambitieux en la matière. En Tanzanie, les efforts se portent sur la construction de villes nouvelles à l’instar de la capitale Dodoma tandis que la ville de Dar-es-Salam développe son réseau de bus à haute intensité (BRT). 

Avec la présence des sièges Monde du PNUE et de l’ONU Habitat à Nairobi, la région se montre de plus en plus concernée par les problématiques environnementales (80% du mix énergétique provient des ENR au Kenya) et souhaite inscrire ses efforts d’équipements dans la durée. « Même si le facteur prix est important, les autorités sont de plus en plus attentives à des offres qui respectent des exigences de qualité, notamment environnementale et sociale, signale Joël Hamann. C’est d’ailleurs ce qui positionne les acteurs français face à leurs concurrents chinois. À une époque, ceux-ci remportaient une grande partie des appels d’offre sur les projets d’infrastructures dans la région ; mais la qualité médiocre de certains équipements se traduit par la suite par de forts coûts de maintenance et d’exploitation qui commencent à faire réfléchir les autorités… »


LES FRANÇAIS AU RENDEZ-VOUS


Depuis, les projets pleuvent pour les entreprises françaises : plan stratégique de collecte des eaux usées sur la commune d’Eldoret (Veolia), usine de dessalement d’eau potable à Djibouti (Eiffage), pose de plafonds acoustiques isolés sur le cinéma du Garden City Mall de Nairobi (Saint Gobain), centrale solaire photovoltaïque dans l’ouest du Kenya (Voltalia)... 

« Le savoir-faire technique et stratégique français sur les thématiques de la Ville Durable est largement reconnu, confirme Xavier Chatte-Ruols. Au-delà de certains symboles (l’Ambassade de France 100% verte à Nairobi, l’organisation de la COP 21 à Paris), c’est le travail sur le terrain des quelques centaines d’entreprises et filiales tricolores installées dans la zone (une centaine au Kenya, une vingtaine en Tanzanie) qui agit en accélérateur. » 

Efficacité énergétique, transports, construction durable, urbanisme ou encore le secteur de l’eau et de l’assainissement… « Le tissu d’entreprises françaises est présent sur tous les maillons de la chaîne », déclare Edouard Héripret, General Manager East Africa pour Schneider Electric. « C’est l’un des meilleurs moments pour venir s’installer », appuie Adèle Charbonneau, Business Developer Affordable Housing pour Saint-Gobain.


Pour Saint-Gobain comme pour Schneider Electric, un enjeu clé de développement reste la communication autour des solutions durables : « Au-delà du positionnement d’une offre, c’est un véritable travail de partage d’expertise et de formation que nous produisons auprès des professionnels », explique Adèle Charbonneau qui travaille sur la thématique du logement abordable. Près de 500 artisans locaux ont ainsi été formés par l’entreprise dans la région tandis que Schneider Electric s’est doté d’un centre d’excellence pour clients, partenaires et consultants en coopération avec l’Etat français et l’Etat kenyan. « Ici, explique Edouard Héripret, 70% de la population n’a pas accès à l’électricité et, pour ceux qui en bénéficient, les coupures sont malheureusement trop fréquentes. Au-delà des solutions solaires d’appoint plug and play que nous essayons de livrer en zones isolées, nous travaillons sur des équipements qui permettront d’optimiser la charge et de réduire la facture pour le pays… une offre forcément attractive pour les gouvernements et les bailleurs de fonds ».


UNE FORTE IMPLICATION DES POUVOIRS PUBLICS


De fait, toutes ces entreprises travaillent en lien étroit avec les bailleurs que sont l’AFD (très active dans le domaine de l’eau et de l’énergie), la Banque Africaine de Développement ou encore la Banque Mondiale. « La thématique Transports tend à se renforcer », signale Xavier Chatte-Ruols. Quant à l’Etat français, il dispose également d’outils de financement propres à travers le soutien qu’il apporte directement aux entreprises sur certains projets (« l’aide liée »). « Nous faisons le lien entre les entreprises et les pouvoirs publics locaux, témoigne Joël Hamann, de la DG Trésor. Que l’on se situe au niveau de la municipalité, du comté ou du gouvernement central, nous constatons une réelle implication des décideurs locaux sur ces sujets. »


En témoigne l’intervention du Ministre des Transports, des Infrastructures et des Travaux Publics kenyan, ainsi que la participation de plusieurs secrétaires d’Etat et Gouverneurs de Comté lors du séminaire « Développement urbain et ville durable en Afrique de l’Est » qui se tiendra du 9 au 11 juillet à Nairobi et du 12 au 13 juillet à Dar-es-Salam sur initiative conjointe de Business France et de la Direction Générale du Trésor. « L’objectif est de lancer la préparation du sommet Afrique-France de 2020 en faisant connaître l’expertise française publique et privée et en identifiant en amont les besoins des villes », explique Joël Hamann. Plusieurs conférences seront ainsi organisées pour faire émerger le dialogue sur les besoins fonctionnels et sectoriels de la zone : « Cela nous semble important d’attirer l’attention des entreprises françaises sur le dynamisme de la région », confirme Xavier Chatte-Ruols. L’année dernière, son bureau de Business France a encouragé un cabinet d’architectes réunionnais, Malecot & Boyer, à travailler sur les bâtiments durables au Kenya… avec à la clé l’ouverture d’un bureau régional à Nairobi.


Car l’héritage anglophone de l’Afrique de l’Est conduit parfois à une méconnaissance : « L’East African Community, c’est une union douanière de 200 millions d’habitants, avec un taux de croissance moyen de 5-6%, poursuit Xavier Chatte-Ruols. Ajoutez à cela un climat des affaires favorable au secteur privé et une appétence pour l’innovation… il serait dommage de se priver du potentiel de cette région ! » 

Premier pays à avoir expérimenté le paiement mobile (avec le système m-pesa inventé en 2007), le Kenya est officiellement une plaque tournante de l’écosystème digital. « L’Afrique de l’Est effectue des sauts technologiques par rapport à l’Occident, explique Edouard Héripret. Ils vont immédiatement se tourner vers des technologies de pointe et des équipements connectés pour les besoins urbains. » Et dans le domaine de la planification urbaine et de la gestion des réseaux, cet atout pourrait devenir clé… 


Cette thématique Smart City sera d’ailleurs abordée parmi les ateliers sectoriels du séminaire de juillet. « Nous attendons environ 400 ou 500 participants, signale Xavier Chatte-Ruols qui se réjouit de l’intérêt des pouvoirs publics locaux sur ce rendez-vous. Il faut dire que ce séminaire est le premier d’une série de conférences sur le continent africain dans le cadre de l’initiative française pour la ville durable… Une manière constructive et collaborative de faire émerger les solutions pour la Ville de demain en Afrique. »



Renseignements et inscriptions au séminaire et rencontres d’affaires « Développement urbain et ville durable en Afrique de l’Est » : consultez la plaquette de l'événement

  • Publié le 29/05/2018
  • Catégorie: Afrique