La ruée vers l'or bleu - Dans les coulisses du marché de l'eau

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La ruée vers l'or bleu - Dans les coulisses du marché de l'eau

La ruée vers l'or bleu - Dans les coulisses du marché de l'eau


Alors que le One Planet Summit organisé à Paris le 12 décembre dernier a réaffirmé la volonté des pouvoirs publics français de peser sur la scène internationale en matière de lutte contre le changement climatique, le secteur de l’eau est l’un des piliers sur lesquels le pays peut clairement afficher ses ambitions.
Reconnus pour leur savoir-faire en matière de construction, maintenance et exploitation des équipements, les 900 acteurs français de la filière - à la fois grands groupes mais aussi PME / ETI / Startups - sont identifiés comme référents sur le marché, à commencer par les deux leaders mondiaux que sont… Suez Environnement et Veolia.


ACCELERER L’EXPORT DES CHAMPIONS FRANÇAIS
Pourtant, malgré le bon positionnement de la filière en amont et en aval (sociétés d’ingénierie, de travaux publics, ensembliers, gestionnaires des services d’eau et d’assainissement, R&D, formation), le taux d’exportation des entreprises françaises est inférieur à ce que l’on pourrait espérer : seules 45% de ces entreprises présentent à ce jour une activité export et identifient l’international comme un relais de croissance. « Un décalage qui s’explique notamment par la difficulté de structurer une offre globale lorsqu’on est une PME ou une ETI, explique Marc Hernandez, Chef de Projet Environnement chez Business France. Il faut présenter une offre groupée pour s’imposer sur les chantiers internationaux. Cela peut paraître difficile compte tenu de l’atomicité du secteur - les PME et ETI constituent 80% de la filière ; l’un des rôles de Business France est donc d’aider au maillage des sociétés ».

Or, les perspectives ne manquent pas sur la scène internationale : avec une augmentation de la demande mondiale de 55% d’ici 2050 (par rapport à 2000) et une hausse de 40% du chiffre d’affaires entre 2007 et 2016, les services d’eau et d’assainissement sont particulièrement prisés. Les infrastructures existantes sont surexploitées, notamment sur les continents asiatiques et africains où l’urbanisation ne cesse de faire progresser les besoins en équipements : « Si l’on se cantonne aux pays d’Europe et d’Amérique du Nord, les taux de croissance annuelle sont de l’ordre de 2 ou 3%, observe Marc Hernandez. Ce sont donc des marchés matures. En visant la Chine ou le Moyen Orient, on observe une croissance bien supérieure - de l’ordre de 10%. Qu’il s’agisse de nouveaux projets (usines de production, réseaux de distribution, etc.), ou de remplacement d’équipements vieillissants, notamment dans l’industrie. De quoi attirer les convoitises ! ».


UNE CONCURRENCE ORGANISÉE
Car, malgré ses atouts, la France fait face à d’autres concurrents très sérieux dans le domaine : « En plus des Etats-Unis, du Royaume-Uni ou de l’Espagne, de nouveaux acteurs - tels que la Chine - s’imposent sur les marchés africains. La Turquie et l’Inde ont également structuré leur offre, à la fois en gestion et en équipement. Et, en dépit de leur haut niveau de qualité, les entreprises françaises auront parfois du mal à rester compétitives face aux prix proposés par ces nouveaux acteurs. Il est important de se positionner dès maintenant sur les appels à projets urbains et/ou industriels et s’implanter durablement sur ces marchés porteurs ».


LES ATOUTS FRANÇAIS EN MATIÈRE DE GESTION DES RESSOURCES
Profiter du dynamisme de la filière avant la maturité du marché, c’est donc le maître mot en matière d’exportation… Une leçon appliquée avec succès par Diehl Metering France, société reconnue en matière de smart metering (compteurs d’eau intelligents), qui a pu concrétiser le déploiement de 32.500 compteurs auprès de la Société Malienne de Patrimoine et d’Eau Potable suite à l’accompagnement de Business France et de la Banque Africaine de Développement. « Mettre en relation les fournisseurs français et les bailleurs de fonds engagés sur la question de l’eau – notamment en Afrique – cela fait partie de nos missions prioritaires », souligne Marc Hernandez. « Nous n’ignorons pas que les questions de financement et d’investissement constituent un frein à la formulation d’offre pour les PME et ETI du secteur ».

Sur le sujet du smart metering, la France est pionnière. « Entre 2013 et 2018, la croissance mondiale sur le segment des compteurs intelligents était de 14%. Etant donnée son avance, la France a tout intérêt à jouer cette carte auprès des marchés étrangers qui cherchent à tout prix à optimiser la gestion de leurs ressources ».

La raréfaction des ressources en eau dans plusieurs régions du globe doit être un signal important pour les entreprises françaises qui souhaitent exporter. Conception et construction d’usines de dessalement, réutilisation des eaux usées, prévisions sur les impacts du changement climatique… L’ingénierie française peut montrer ici l’étendue de son savoir-faire. En 2017, un rapport de l’ONU* estimait ainsi que 80% des eaux usées mondiales étaient rejetées sans traitement ; avec une vraie disparité entre pays à fort revenu (où 70% des eaux sont traitées) et pays à faible revenu (où le chiffre tombe à 8%)… D’où le fort besoin en équipements et services sur la question de la gestion, du traitement, et de la valorisation des eaux usées.


STRUCTURER SON OFFRE… VOIRE LA MUTUALISER
« Aujourd’hui, les entreprises françaises ont tout intérêt à viser les marchés asiatiques, africains, et latino-américains, résume Marc Hernandez. Elles trouveront là-bas une vraie demande et des débouchés à long terme.
Mais il est important de présenter une offre globale, répondant à l’ensemble du cahier des charges, qui peut être très variable entre les marchés publics et les marchés privés. Selon les projets, les sociétés auront la capacité de présenter leur offre seule, ou devront associer leur offre à celle de partenaires complémentaires. Au Myanmar, on a vu un consortium d’entreprises françaises remporter le marché sur le volet eau d’un projet de ville durable. La stratégie groupée, c’est l’un des facteurs de réussite à l’international de nos entreprises ».

Pour faciliter la mise en relation, Business France propose en 2018 un large programme de rencontres lors d’événements clés du secteur comme le Congrès de l’Association Africaine de l’Eau qui aura lieu à Bamako en 2018. D’autres projets pourraient voir le jour en Chine, au Vietnam, en Ouganda ou en Côte d’Ivoire. « Le secteur de l’eau et de l’assainissement a toujours tenu une place importante chez Business France et nous tenons vraiment à faire de 2018 l’année de l’export dans ce domaine. Grâce aux taux de croissance affichés au niveau mondial et à l’excellence de l’industrie française en la matière, il serait dommage de ne pas viser l’international, surtout dans un contexte de valorisation de l’eau au niveau hexagonal et mondial » conclut Marc Hernandez.


* Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2017


  • Publié le 09/01/2018
  • Catégorie: Monde